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Conseils aux jeunes musiciens de Robert Schumann, toujours valables en 2020?

Mis à jour : 28 avr. 2020

En préface à son Album pour la jeunesse, op 68 publié en 1848, Robert Schumann délivre ses « conseils aux jeunes musiciens »

Écrits par un père de famille déjà reconnu à sa fille de sept ans, Schumann nous livre ici ses « commandements ». Mais alors que valent-ils aujourd’hui, dans le monde musical de 2020 ? Est-ce toujours de rigueur ou du moins pertinent ?

Nous allons passer au crible point par point chaque conseil.


« L'éducation de l'oreille est ce qu'il y a de plus important. Tâchez de bonne heure de distinguer chaque ton et tonalité. Examinez quels sons rendent la cloche, le verre, le coucou, etc... »

Difficile de ne pas être d’accord ! Effectivement la reconnaissance des timbres, des tonalités et par extension des couleurs d’accords est primordiale. Se construire une oreille et la garder toujours connectée au jeu c’est le point de départ de toute pratique instrumentale.

« Répétez souvent la gamme et les autres exercices, mais cela n'est pas suffisant. Il y a beaucoup des gens qui par ce moyen croient atteindre au but suprême, qui jusqu'à l'âge mûr, passent plusieurs heures par jour à faire des exercices purement mécaniques. C'est à peu près comme si l'on tâchait chaque jour de prononcer l'ABC plus vite. Employez mieux votre temps. »

Voilà qui est bien dit. Des exercices, oui, mais la musique avant tout. Et plus précisément la musique en pleine conscience. Les exercices permettent de développer les moyens, mais ces moyens ne doivent en aucun cas se substituer à l’idée musicale.

« On a inventé des claviers muets. Essayez-les pendant quelques temps pour vous convaincre qu’ils ne valent rien. Des muets ne peuvent nous apprendre à parler»

Voilà, voilà… J’irai même plus loin sur la qualité de l’instrument, impossible de jouer sur quelque chose qui ne permet pas l’obtention du son que l’on souhaite.

« Jouez en mesure. Le jeu de beaucoup de virtuoses ressemble à la démarche d'un homme ivre. Ne prenez pas de tels modèles. »

Bon là, ça se passe de commentaire ! On passera bien sûr sur l’irrégularité involontaire, pour penser à l’usage excessif du rubato de mauvais-goût. Bref exit le too much ! Mon professeur me disait à propos du rubato : « Rubato vient du verbe italien dérober, n’oubliez jamais de rendre ce que vous avez volé afin de trouver l’équilibre »

« Apprenez de bonne heure les lois fondamentales de l'harmonie. »

Alors là, pour avoir fait tout mon cursus d’harmonie et de contrepoint, je ne peux qu’approuver. La connaissance des couleurs harmoniques, les lois qui régissent leurs enchaînements, l’écriture dans les styles d’auteurs est fondamentale. En plus de leur beauté intrinsèque, ils favorisent la compréhension du discours musical, la direction des phrases et le déchiffrage ! Sans parler du développement de l’oreille intérieure…

« N'ayez pas peur des mots : Théorie, Harmonie, Contrepoint. Ils vous souriront, si vous leur en faites autant. »

C’est un peu la redite du point précédent, mais ce qui est drôle c’est que aujourd’hui encore on a peur de ces mots, alors qu’en vérité se cachent derrière eux des trésors incroyables. La magie d’un contrepoint, d’une fugue, la beauté d’un équilibre harmonique et la compréhension des rouages du discours musical sont un monde fabuleux. S’en priver c’est, en quelque sorte, comme si vous vouliez être comédien.ne et que vous vouliez réciter votre texte mais sans en comprendre le moindre sens !

« Jouez toujours avec âme et ne vous arrêtez pas au milieu d'un morceau. »

The show must go on comme dirait Freddy. Ne renoncez jamais et remettez-vous en selle !

« Traîner ou hâtez la mesure sont également des fautes. »

On a dit la RÉ-GU-LA-RI-TÉ ! Ce n’est pas nécessaire d’utiliser le métronome (quoi qu’il puisse être d’un grand secours dans certains cas) mais de ressentir la pulsation…

« Tâchez de jouer bien et expressivement des morceaux faciles. Cela vaut mieux que d'exécuter médiocrement des compositions difficiles. »

Voilà quelque chose d’intéressant. Le premier sert la musique, le second sert l’ego. À vous de choisir !!

« Ayez toujours soin que votre instrument soit bien accordé. »

Et là j’ai une grande pensée pour certain.e.s élèves et des souvenirs de conservatoires…

« Il faut que vous puissiez non seulement jouer vos morceaux, mais que vous soyez capables de les solfier sans piano ; que votre imagination soit cultivée au point de retenir aussi bien l'harmonie donnée à une mélodie que la mélodie elle-même. »

Alors ce conseil-là est magique. C’est en quelque sorte cultiver son oreille intérieure, ainsi que sa mémoire par la visualisation. Et oui, Schumann travaillait déjà en visualisation il y a de cela presque deux siècles...

« Tâchez même si vous n'avez pas une bonne voix, de chanter à première vue sans l'aide du piano : par ce moyen, votre oreille musicale se perfectionnera continuellement. Mais si vous possédez une bonne voix, n'hésitez pas un moment à la cultiver en la considérant comme le plus beau don que le Ciel vous ait donné. »

Grande pensée émue à tous les élèves que j’ai traumatisé et que je continue de traumatiser avec le chant. Étant moi-même chanteuse (modestement) je ne peux qu’approuver les bénéfices du chant dans n’importe quelle pratique instrumentale.

Primo cela développe l’oreille, deuzio cela développe le rapport corporel à l’instrument, et tertio comme au piano nous ne pouvons soutenir les notes tenues que par la pensée, le chant est la condition sine qua non pour diriger le phrasé musical ou en moduler l’intensité. Le chant c’est la forme de musique primitive, l’instrument qui est en chacun.e de nous, comme une sorte d’empreinte digitale musicale. La voix fait appel à ce qui a d’instinctif en nous, à notre émotion pure.

« Il faut vous rendre capable de lire toute musique et de la comprendre par la vue seulement. »

On remet une couche sur l’oreille intérieure. S’il insiste autant ça doit être pour une bonne raison…

Je pense que Schumann veut nous faire comprendre que la pensée doit précéder l’action, et que l’interprète est acteur et non pas spectateur de sa propre musique. Qu’ajouter à ça ? Bien sûr que je suis d’accord, c’est également la clé pour apprendre à gérer son trac.

« Peu importe qui vous écoute quand vous jouez. »

« Jouez toujours comme si vous étiez auprès d'un maître. »

Alors ces deux-là je les ai mis ensemble. C’est amusant car de premier abord ils ont l’air contradictoires, mais à y réfléchir pas tant que ça.

Peu importe qui vous écoute, que ce soit un public connaisseur ou un public néophyte, mettez-y la même application sans vouloir plaire plus à l’un qu’à l’autre, mais donnez vous toujours entièrement et avec humilité.

Peut-être voilà l’un des conseils les plus difficiles de cette liste, car cela dépasse le musical et vient toucher le philosophique, l’esprit. Il faut déjà arriver à une grande sagesse et une grande sérénité pour respecter cette consigne à la lettre. C’est peut-être même le chemin de toute une vie !

« Si quelqu'un venait à placer devant vous une composition pour vous la faire déchiffrer, à première vue, parcourez-la des yeux avant de la jouer. »

Une des bases du déchiffrage !

« Quand vous avancez en âge, ne vous occupez pas des chose de mode. Le temps est précieux. Il nous faudrait cent vies, si nous voulions connaître seulement ce qu'il y a de bon. »

Laissez Yann Tiersen and co (je sens que je vais m’attirer les foudres de certaines personnes) et cherchez de la belle musique, riche et construite.

« On ne fait pas des hommes sains en élevant des enfants avec des bonbons. La nourriture spirituelle doit être aussi simple et aussi substantielle que celle du corps. Les maîtres se sont chargés de nous fournir abondamment la première. Tenez-vous en là ! »

Ce conseil je l’adore car il est à double destination : pour l’élève et pour l’enseignant.e. Ne mangez pas Mac Do et n’en donnez pas, passez directement chez Robuchon !

Par contre je pense qu’on peut nuancer. C’est pas parce qu’on mange un big mac de temps en temps qu’on va mal finir. Ou bien que des musiques plus pauvres nous permettent d’apprécier encore plus les musiques riches et bien construites, comme un écrin pour la mise en valeur. Le blanc ressort encore plus à côté du noir.

« Quand vos exercices journaliers sont achevés et que vous vous sentez fatigués, ne continuez pas vos études. Il vaut mieux se reposer que travailler sans plaisir et sans fraîcheur d'esprit. »

Voilà qui rejoint le travail en pleine conscience. Qui dit pleine conscience dit fraîcheur d’esprit indispensable !

« Ne répandez jamais de mauvaises compositions ; aidez au contraire avec ardeur à les supprimer. »

« Vous ne devez jamais jouer de mauvaises compositions, ni les écouter si vous n'y êtes pas forcés. »

Vade retro !! Pareil je mets ces deux conseils ensemble. Bon là c’est peut être exagéré, nous n’allons pas faire un autodafé mais si on veut l’interpréter de façon plus actuelle, ce serait de choisir judicieusement son répertoire.

« Les compositions à passages vieillissent vite. La bravoure n'a de valeur qu'autant qu'elle est mise au service des idées. »

« Ne recherchez pas cette brillante exécution qu'on appelle la bravoure. Tâchez de produire l'impression en rendant l'idée que le compositeur avait en vue d'exprimer ; vouloir davantage serait ridicule. »

Se méfier de la virtuosité gratuite et tape-à-l’œil. Chose que j’avoue, je peine à faire comprendre à certain.e.s élèves adolescent.e.s

« Considérez comme quelque chose d'odieux de changer quoi que ce soit aux œuvres des maîtres, d'y rien omettre ou d'y rien ajouter de nouveau. Ce serait la plus grande injure que vous puissiez faire à l'art. »

Et là j’ai une grande pensée pour tous ceux et toutes celles dont les mains sont trop petites pour jouer certains passages ! Non ! Je ne pense pas que Schumann faisait référence à ça, mais plutôt à la liberté que prennent certains interprètes de changer la partition. C’est comme si vous vouliez réécrire certains dialogues de Molière ou de Corneille parce que « c’est plus joli comme ça »… On est d’accord cela casserait l’équilibre, la musique du vers et toute la structure de la pièce. Après faire un pastiche pourquoi pas, mais dans ce cas il est clairement affiché que ce ne sera pas l’œuvre originale.

« À mesure que vous grandissez, attachez-vous à vous familiariser avec des partitions plus qu'avec des virtuoses. »

Cela paraît aller de soi. Il est vrai que aujourd’hui, avec toutes nos technologies, les (bon.ne.s) pianistes sont pléthore, donc les exemples ne manquent pas, mais je crois que cela ne remplacera jamais les œuvres !

« Jouez fréquemment les fugues des bons maîtres, particulièrement celle de Bach. Faites votre pain quotidien du Clavier bien tempéré : il fera de vous à lui seul un bon musicien. »

No comment !

« Parmi vos camarades, choisissez de préférence ceux qui en savent plus que vous. »

Bon, on passera sur sa conception de l’amitié et de son fonctionnement a priori conditionnel ! Si on veut étendre le concept, il s’agit de s’entourer de gens brillants et cultivés de façon à créer une émulation. Rien n’empêche de créer de réels liens d’amitiés avec eux / elles, mais, de grâce, ne devenez pas non plus un.e sale opportuniste !!

« Reposez-vous souvent de vos études musicales par la lecture des bons poètes. Promenez-vous assidûment dans la campagne, dans les champs. »

On est en plein dans le romantisme sauce XIXe siècle ! Si on devait l’appliquer aujourd’hui, je dirais de varier les activité, de ne pas être monomaniaque. Justement, tout ce que vous ferez à côté d’enrichissant (donc pas trop de jeux vidéos) ne fera que nourrir votre pratique musicale.

« Pensez que vous n'êtes pas seuls au monde ; soyez donc modestes. »

L’humilité, le retour ! Ça n’a l’air de rien, mais c’est un conseil tellement important. Combien de fois j’ai vu des gens prendre le melon ou être donneurs de leçons, c’est épuisant pour tout le monde ! Ne donnez votre avis que si on vous le demande que diable !

« N'oubliez pas que vous n'avez rien pensé, rien découvert que d'autres ne l'aient pensé ni découvert avant vous ; et l'eussiez-vous fait réellement, considérez-le comme un don du Ciel que vous devez partagez avec tous. »

Dans les dents !! Schumann / humilité 1 – reste du monde 0

« L'étude de l'histoire de la musique et la pratique des chefs-d’œuvre de diverses époques vous apprendront le mieux à éviter la présomption. »

Histoire de resituer les choses un peu.

« Le livre de Thibaut sur la «Pureté en musique» est fort beau, vous devez le lire dans l'âge mûr. »

J’avoue je ne l’ai pas dans ma bibliothèque… donc je ne commenterai pas. Par contre si certain.e.s d’entre vous l’ont lu, n’hésitez pas à donner votre avis en commentaire !

« Si vous passez devant une église et que vous y entendiez un orgue, entrez et écoutez. S'il vous est même permis de vous asseoir sur le banc de l'orgue, essayez de placer vos petits doigts sur les touches et admirez la grandeur et la puissance de notre art. »

« Ne négligez aucune occasion de vous exercer sur l'orgue ; il n'y a pas d'instrument aussi efficace pour corriger les erreurs ou les habitudes d'une mauvaise éducation musicale. »

Voilà un bonne idée, varier les instruments à clavier pour en percevoir les différences et envisager sous un autre angle le son lorsque l’on joue au piano. Je recommande encore plus de jouer ses fugues à l’orgue, c’est un excellent professeur pour le contrepoint !

« Ne refusez jamais de chanter en chœur et particulièrement les parties intermédiaires. Cette pratique contribuera à vous rendre bon musicien. »

Sentir la vibration de son propre corps au sein d’un ensemble, se retrouver au cœur de la polyphonie, c’est faire vivre l’harmonie et en faire l’expérience en live !

« Mais qu'appelle-t-on bon musicien ? Vous ne l'êtes pas si, tenant vos yeux attachés sur les notes avec anxiété, vous ne venez à bout de faire votre tâche qu'avec peine ; vous ne l'êtes pas si quelqu'un ayant tourné deux pages à la fois, vous restez court et ne pouvez continuer. Mais vous l'êtes si vous pressentez ce qui va suivre ou si vous vous en souvenez dans les morceaux que vous connaissez déjà ; en un mot, si vous avez la musique non seulement dans les doigts, mais encore dans la tête et dans le cœur. »

Bon là il y a du challenge. On pourrait nuancer davantage. Le coup de savoir se détacher de la partition on est d’accord, s’imprégner du texte en maîtriser les moindres saveurs constituent l’accomplissement du travail. Mais Robert ne précise pas si c’est une partition déjà travaillée ou en (semi) déchiffrage… Bref, possédons les œuvres que nous jouons.

« Mettez-vous de bonne heure au fait de l'étude de la voix humaine, dans ses registres principaux. Étudiez-la spécialement dans les chœurs, examinez dans quels intervalles gît la plus haute puissance, et dans quels autres il faut chercher les effets doux et tendres. »

C’est un des spécialistes du lied qui vous le dit !

« Écoutez avec attention les chansons nationales, c'est une mine inépuisable où l'on trouve les plus belles mélodies qui vous donneront une idée des caractères des différents peuples. »

Là encore on en reparlera (d’ailleurs j’aurai un article spécialement à ce sujet), et Schumann sait de quoi il parle ! La musique « traditionnelle » folklorique est une source d’inspiration à tous points de vue.



« Pénétrez-vous de bonne heure du ton et du caractère de chaque instrument ; accoutumez votre oreille à distinguer le coloris qui lui est propre. Ne négligez pas d'entendre de bons opéras. »

L’oreille encore et toujours. Mais parlons des timbres d’instruments. J’aime à penser que le piano est comme un petit orchestre. Il nous faut trouver une sorte d’orchestration mentale des œuvres que nous jouons et donc savoir apprécier et connaître les timbres et sons de chaque instrument. Il en va de même pour l’opéra et le traitement vocal de la phrase.

« Respectez l'ancien mais intéressez-vous au nouveau. N'ayez pas de préjugés contre les noms qui ne sont pas encore connus. »

Haaaaaaa ! Merci Robert ! Soyez curieux !

« Ne jugez pas du mérite d'une composition après l'avoir entendue une seule fois ; ce qui vous plaît au premier aperçu peut n'être pas le meilleur. Les maîtres veulent être étudiés. Bien des choses ne vous paraîtront claires que dans l'âge mûr. »

Là encore voilà un précieux conseil. N’ayez pas peur de ne pas avoir encore les clés pour comprendre telle ou telle œuvre. Il faut prendre le temps de les découvrir, de les comprendre pour les aimer et en entrevoir tout le génie. C’est là toute la beauté, comme dans une relation amoureuse un peu !

« En jugeant les compositions nouvelles, discernez d'abord si ce sont des œuvres d'art, ou si elles ont pour but d'amuser les amateurs. Défendez les unes mais ne vous irritez pas contre les autres. »

Alors on aurait aimé savoir comment faire pour discerner une œuvre d’art ou un amusement. Éduquer son goût et développer sa culture.

« La mélodie ! Tel est le cri de guerre des amateurs, mais sachez bien que ce que ces personnes entendent par ce mot, sont des motifs faciles à retenir, rythmiques et agréables. Il en est pourtant d'autres qui ne leur ressemblent guère, et qui, si vous feuilletez Bach, Mozart, ou Beethoven, vous apparaissent bien différents de ceux-ci. Vous serez, je l'espère, bientôt dégoûtés de la monotonie de ce qu'on nomme la mélodie dans les opéras italiens. »

Bon je ne sais pas ce que les opéras italiens lui ont fait, mais voilà peut-être une boulette schumanienne ! Ce qui est drôle c’est que Chopin disait parfaitement le contraire…

« Si en promenant vos doigts sur le clavier vous inventez de petites mélodies qui se suivent et s'enchaînent, c'est déjà un joli résultat ; mais si, sans instrument, une seule de ces mélodies arrive à votre esprit, c'est encore mieux et vous devez être cent fois plus satisfaits. C'est qu'alors le sens intérieur du ton s'est éveillé en vous. Les doigts doivent exécuter ce que la tête a conçu, et non le contraire. »

Là je pense que c’est assez clair...



« Si vous commencez à composer, méditez, combinez, agencez tout dans votre tête, n'essayez pas un morceau au piano avant de l'avoir fixé dans votre esprit. Si la musique procède de votre sens intérieur, si vous l'avez sentie, elle agira de même sur les autres. »

« Si le Ciel vous a doué d'une imagination active, vous resterez pendant des heures au piano comme si vous étiez ensorcelé ; vous aspirerez à exhaler votre âme dans des harmonies célestes, et vous vous sentirez peut-être d'autant plus mystérieusement ravis dans un cercle magique que le domaine de l'harmonie vous sera moins connu. Ce sont là les heures les plus délicieuses de la jeunesse, mais gardez-vous de vous abandonner trop souvent à ce genre de talent qui vous conduit presque toujours à prodiguer vos forces et votre temps à des fantômes pour ainsi dire. C'est seulement par le signe précis et prononcé de l'écriture que vous arriverez à maîtrisez la forme, à énoncer nettement vos idées. Appliquez-vous à composer plus que vous n'improviseriez. »

Parfait, mais j’ai envie de dire chacun fait à sa façon. Il y a bien des compositeurs géniaux qui ont composé au piano !

« Faites en sorte d'acquérir de bonne heure les connaissances nécessaires pour diriger et conduire un orchestre. Observez souvent les meilleurs chefs d'orchestre ; essayez même de conduire l'orchestre en pensée; vous vous rendrez mieux compte de ce que vous entendez. »

Celle-ci je l’aime bien, car il considère le / la musicien.ne comme un « sculpteur » ou une « sculptrice » des sons. La musique est comme une masse à tailler.

« Ne négligez pas l'étude de la vie, aussi bien que celle des autres arts et sciences. »

Oui, ne pas devenir un singe savant, mais cultiver son esprit, ses connaissances et son sens critique.

« Les lois de la morale régissent l'art. »

Euuuuh, là je ne vois pas, Robert, envoie-nous un signe !! Qu’appelles-tu « lois de la morale » ?

« Vous vous élèverez toujours plus haut par le travail et la persévérance. »

Être un.e battant.e, c’est la clé de toute réussite et dans tous les domaines.

« Avec une livre de fer qui coûte quelques sous, on fabrique des milliers de ressorts de montre dont la valeur est mille fois centuple de celle du fer. Employez avec fruit la livre que vous avez reçue du Ciel. »

Voltaire dirait : « il faut cultiver son jardin ». Trouvez votre talent et cultivez-le.

« Rien de grand ne s'accomplit dans l'art sans enthousiasme. »

Bon ben qu’ajouter à cela ?

« L'art n'est point là pour procurer la richesse. Soyez un noble artiste et le reste vous sera donné par surcroît. »

En tant que professeure titulaire, je ne peux que confirmer, l’art n’apporte point la richesse ! Par contre il m’apporte d’autres richesses non pécuniaires, dont la valeur est supérieure ! Par contre j’en ai vu certains se perdre dans la course aux honneurs et à la reconnaissance ou bien cumuler les postes juste dans une visée financière, et franchement ça fait pas envie !

« Vous ne comprendrez l'esprit que lorsque vous serez maîtres de la forme. »

Comprendre une œuvre vous en révélera l’essence.

« Peut-être le génie est-il le seul à comprendre le génie. »

Voilà ce qu’il faut se dire pour se rassurer ! Je plaisante, si on considère cette phrase sous un autre aspect, c’est que le génie seul peut accéder au génie de l’œuvre...

« Quelqu'un soutenait qu'un musicien devait, à la première audition d'un morceau d'orchestre, quelque compliqué qu'il fût, en voir en quelque sorte la partition devant les yeux de son esprit. C'est la plus grande perfection que l'on puisse imaginer »

On est d’accord que cette faculté est réservée à des personnes avec un cerveau bionique. Donc pas de panique si on n’y arrive pas !

« ON N'A JAMAIS FINI D'APPRENDRE »

Peut-être le conseil le plus important de la liste...

Robert SCHUMANN

(écrit sur l'Album pour la jeunesse)




Ce qui est surprenant c’est de constater à quel point la plupart de ces conseils sont encore d‘actualité. Si l’emploi occasionnel du subjonctif imparfait ne trahissait pas un texte ancien, nous pourrions parfaitement croire qu’il s’agit d’un texte de professeur.e actuel.le. Alors qu’en penser ? D’un côté on peut avoir peur de se dire que la pédagogie et l’humanité n’évoluent pas, ou d’un autre se dire que Schumann a su percevoir le caractère universel et intemporel de l’humanité. Pour ma part j’aime à croire la deuxième option, car je pense que l’être humain évolue, certes dans un sens, mais reste d’un autre côté inaltérable, c’est pourquoi nous sommes encore touchés par un poème du XVIe siècle, ou un roman de Flaubert, une nouvelle Zweig ou de Céline.

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